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Rends moi mes photos

Quel bonheur d’arriver à Dacca. Premier voyage au Bangladesh, j’étais heureux. Il faisait terriblement chaud probablement autour de 45° et il n’était pas encore midi. Mon taxi était souvent coincé entre les rickshaws et tout le monde klaxonnait. Le chauffeur n’était pas bavard alors je rêvassais…

Je me souvenais de photos aussi infamantes que célèbres, lors de la guerre contre le Pakistan.
Quatre prisonniers ont été exécutés à la baïonnette dans un stade de Dacca et beaucoup de photographes ont estimé que le massacre n’aurait jamais eu lieu si tous les photographes avaient refusé de photographier ce crime spectacle. Certains d’entre eux se sont révélés être un exemple d’humanité et de professionnalisme : Marc Riboud de Magnum, Peter Skingley d’UPI, Richard Linley d’ITN et Penny Tweedie de Panos…qui sont partis mais deux autres sont restés, les prisonniers ont été torturés et tués. Ils ont photographié ces meurtres et ont obtenu le prix Pulitzer…plus le world Press pour l’un d’eux.
Ce même World Press a récidivé quelques années plus tard en remettant son prix à un lauréat qui a photographié, lui, l’exécution d’un “traître” en Afghanistan…sans commentaire…juste moche. Ils devraient être jugé ces photographes.

Arrivé à mon hôtel je découvrais qu’il n’y avait pas d’air conditionné.J’allais vite dans ma chambre pour au moins prendre une douche froide. Il y avait un grand ventilateur au plafond. Je redescendis pour manger. Pas de restaurant…devant l’hôtel dans la rue un type assis sur le trottoir vendait des mangues. Elles semblaient mûres alors j’en achetais deux kilos et remontais dare-dare pour échapper à cette chaleur infernale…et enfin prendre une douche pour oublier cette chaleur.
En fait la douche servait aussi de WC à la turque. J’ouvris l’eau en grand et m’installais en caleçon avec mes mangues et un canif sur un petit tabouret. Miracle l’eau était fraîche et je pouvais me régaler sans m’inquiéter d’en mettre partout.
Question plaisir sur une échelle de 1 à 1O …disons 7. Bon, je sais, c’est personnel, mais même dans des échanges amoureux il m’est arrivé d’avoir moins…oui…bah oui…
Puis, trempé, j’ai augmenté la vitesse du gros ventilateur du plafond de ma chambre et me suis allongé.
Vers 17h le pic de chaleur étant passé il devait faire un peu moins de 40° je suis allé me promener. Tout à découvrir, les petits magasins, les gens, les situations, les regards, un rat, des oiseaux c’est sans fin. J’avais beaucoup marché…beaucoup pour moi…j’aperçus un terrain qui ressemblait à un terrain de football couvert de gens qui semblaient occupés. C’étaient des femmes. Elles étaient assise en plein soleil devant un petit tas de cailloux gros comme le poing et tapaient dessus avec un marteau. Elle posaient la pierre sur une petite pierre plate et tapaient dessus pour en faire du gravillon. Elles étaient nombreuses à être avec des enfants très jeunes. Celle qui était devant moi avait un sari aux couleurs passées avec quelques trous, en face d’elle son fils d’environ 5 ans et un autre plus petit d’environ 3 ans tapaient sur leur cailloux. Elle me sourit et je m’assis à proximité et lui demandais si je pouvais la photographier. Elle accepta. Je n’en pouvais plus d’être brûlé par ce soleil, j’avais soif. Les enfants ne souriaient pas ils étaient très sérieux. Quelle tristesse. Que faire? me marier avec elle, adopter les enfants…elles étaient des centaines. J’ai bêtement laissé un billet sous la pierre. Quelle horreur et il y en avait beaucoup de vieilles vraiment très maigres et très ridées.
Un flic est venu me voir. Ce genre de flicaillon juste assez corrompu pour survivre avec son salaire. Le fruit de sa corruption transitait par ses poches et remontait sa hiérarchie. Il m’a expliqué que toutes ces femmes étaient des veuves. Si être femme dans un pays musulman est terrible, être veuve est une abomination. Elles étaient payées en riz…à peine de quoi survivre et dormaient dehors.
J’ai découvert plus tard les bidonvilles autour de Dacca…à perte de vue…un enfer empreint de misère et de violence. Pas de toilettes, pas d’eau, pas d’électricité, les plus aisés ont des cahuttes de quelques mètres carrés avec un toit en tôle et en plastique pour les autres…actuellement il arrive sans cesse de nouveaux réfugiés. climatiques ou de Birmanie.

Un matin j’ai embarqué dans un gros bateau qui transportait des centaines de passagers sur le fleuve Hooghly pour descendre vers le golfe du Bengale. Par moment ce fleuve est si large qu’il est impossible de voir les deux rives. Puis avec une grosse barque j’ai coupé à travers la plus grande forêt de mangrove du monde en utilisant un dédale de canaux. Je suis arrivé à l’embouchure d’un autre fleuve et ai pu faire ce pour quoi j’étais venu : photographier les loutres. Ces loutres ont une spécialité: elles rabattent les poissons vers les filets des pêcheurs. De gros navires arrivaient de la mer et remontaient le fleuve. J’étais intrigué par de petites embarcations qui suivaient de prés ces gros bateaux de transport. Des cables étaient jetés des bateaux vers les petites embarcations et des gens étaient hissés. Les pêcheurs m’ont expliqué qu’il s’agissait de prostituées que les marins hissaient à bord avec un treuil qu’ils utilisaient jusqu’à leur arrivées à Dacca. J’étais bien avec ces gens. Un jour en photographiant un autre groupe de pêcheurs avec des loutres j’ai senti…un tigre. J’étais seul sur la rive assez loin du village alors j’ai appelé les pêcheurs qui sont venus me récupérer. Je ne me sentais pas de rentrer à pied. Je ne l’ai pas vu ce tigre mais cette odeur de fauve est unique vous ne pouvez pas vous tromper. Les pêcheurs n’ont pas voulu rester car il pouvait attaquer leur barque. Ils m’ont raconté qu’un tigre a tiré sur la corde d’une barque qu’un pêcheur avait attachée à la rive et ancrée au milieu de la rivière pour pouvoir faire sa sieste tranquillement. Le tigre en tirant sur la corde a réussit à ramener la barque prés de la rive et attaquer le pêcheur.
Les gens de ce village partent dans la mangrove à la recherche de miel et à chaque expédition ils sont attaqué si bien que maintenant ils sont suivi par un militaire armé. Le seul qui ai le droit de tirer car les tigres du Bengale sont protégés.
Comme toujours il m’a été difficile de partir. Je me disais que je reviendrai mais je savais que je me mentais.
Je pense à ces pauvres gens avec la montée des eaux. Cette zone marécageuse est très peu au dessus du niveau de la mer…puis de Dacca je suis allé en Inde avant de repartir au Népal.

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