Héron des îles Maldives – 1973

Tirage papier cartonné argentique d’époque
Format 20 x 30 cm
Egratignure dans la marge à droite 4 mm.
Photo: Sylvain Julienne.

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Description

…Dans les années 70 les Maldives n’étaient pas très connues. Male la capitale une île d’à peine deux kms de long et quelques centaines de mètres de large avait le charme d’une bourgade en plein océan à quelques heures d’avion du sud de l’Inde.
En arrivant ce jour là je suis allé directement à l’endroit ou une vingtaine de pêcheurs finissaient de vendre leurs prises de la journée et ai demandé s’il y en avait un qui pouvait me loger sur son île.Nous avons fixé un prix à la journée. Après quelques heures de dhoni l’île était en vue.
Une petite maison sur la plage à un mètre du lagon a été ma demeure. A l’arrière il y avait un jardin avec un puit ou nageait un poisson servant de test pour la qualité de l’eau…les enfants du chef de cette île ou vivait une dizaine de famille m’apportaient mes repas. Toute la journée à lire sous l’arbre de mon jardin ou dans le lagon avec un masque pour découvrir merveilles sur merveilles entre les algues et les coraux…chaque fin d’après midi les femmes et les enfants pêchaient de petits poissons dans le lagon qu’ils m’invitaient à partager avec du thé en compagnie d’autres membres de cette communauté.
Je n’ai eu qu’une seule dispute pourtant je n’étais pas coupable coupable. C’était juste une erreur. Je marchais dans l’eau lorsque je me suis fait pincer à la cheville. J’ai mis mon masque et ai regardé. Un petit poisson noir d’à peine 10 cm de long me regardait toutes ailes écartées, menaçant, faisant semblant de m’attaquer à nouveau.
Il y avait un bâton planté dans le sable qui devait marquer son territoire.Chaque fois que je m’en approchais il se jetait sur moi furieux. La violence pour une question de territoire j’en revenais et j’étais là pour faire une pause…
Je suis retourné sur la plage et ai trouve un bâton ressemblant et suis revenu le planter à deux mètres du sien. Il a semblé désorienté puis en vitesse sans me faire choper je lui ai volé le sien…et l’ai attendu prés de mon bâton sur mon nouveau territoire. Il était vraiment perdu…son territoire avait disparu et…alors je suis parti plus loin vers le large et au détour d’un rocher dans un creux j’ai reconnu la tête d’une grosse muréne à 30 cm de mon visage…j’ai reculé doucement et ai quitté cette île le lendemain matin pour rejoindre une île à touristes pour la table et la plongée.
Là j’ai sympathisé avec un japonais qui avait un walkman sous marin.C’était nouveau. J’avais retrouvé dans ma trousse de toilette un petit bout de shit de mon séjour à Madras…Mahabalipuram.Un petit bout suffisant pour passer quelques mois en prison. J’ai pu bruler mon hash devant le compresseur qui chargeait ma bouteille et suis allé avec une ceinture de plomb plus lourde que pour une plongée et me suis assis sur le rebord de cette falaise, deux mètres sous l’eau, les palmes au dessus du vide noir. Devant moi tel un écran dans une eau incroyablement transparente circulent de petits requins, des bancs de poissons une raie manta pendant que je me laissais emporter par la musique de Dvorak la symphonie du nouveau monde et le shit de ma bouteille.
Je pense parfois avec tristesse à ce petit poisson mais à l’époque j’étais révolté contre la violence de ces saletés d’humains…